La question revient souvent, la date du 6 janvier 1412 est-elle vraiment la date de naissance de Jeanne d'Arc ? Sur quels éléments peut-on se référer ?
En réalité aussi surprenant que cela puisse paraître de nos jours, mais normal à son époque, il n'y a aucun acte religieux ou civil qui puisse le confirmer. Seule une lettre écrite par Perceval de Boulainvilliers, Chambellan du roi, sert aujourd'hui de référence historique et je vais d'ailleurs m'y attarder plus longuement par la suite.
Ce manque de documents contemporain à sa naissance peut s'expliquer pour plusieurs raisons : il n'existait pas, ou presque pas, de registre d'acte civil ou religieux qui est communément appelé aujourd'hui « extrait de naissance ». Il faut rappeler que c'est seulement sous François Ier, en 1539 avec l'ordonnance de Villers-Cotterêts qu'il y a eu obligation d'inscrire les baptêmes et les actes de décès appelé alors « sépulture ». L'acte écrit de mariage n'est venu qu'en 1579 avec l'ordonnance de Blois, en effet à l'époque de Jeannette seul la présence de témoins et d'un curé ayant le pouvoir de sacrement suffisait alors pour établir un mariage religieusement légal.
Cependant il existe des registres qui selon les paroisses, les échevêchés et autres juridictions religieuses pouvaient alors écrire certains actes dont les baptêmes. Il faut dire que la nécessité d'avoir un acte écrit de baptême n'était pas forcément nécessaire puisque la majorité des enfants nés étaient forcément chrétiens et catholique. La question religieuse ne se posait guère, elle s'est surtout révélée nécessaire pendant les guerres de religions et pendant une forte croissance démographique avec des moyens de communications plus avancées et plus sure, rendant les populations légèrement moins sédentaires, nécessitant de facto une meilleure identification des personnes.
Dans le cas où Jeanne d'Arc aurait eu un document écrit religieux d'un acte de baptême il n'en existe en tout cas aucune trace de nos jours. Tout simplement parce qu'il n'existait pas ou parce qu'il a été détruit dans les différents pillages de Domremy par les Bourguignons principalement. Il n'y avait alors aucune obligation, en cas d'écrit, d'en faire un double. C'est seulement à l'ordonnance de « Saint Germain en Laye » appelé aussi « Code Louis » en 1667 qu'il fut institué mais réellement pratiqué en 1737. Sachant que Domremy a quasiment totalement brûlée et a été ravagée à plusieurs reprises pendant l'enfance de Jeanne, il n'est pas difficile de penser que même si son curé, Jean Minet, a enregistré son baptême il a sûrement été détruit.
Comment connaître la date exacte de sa naissance autrement ? Il aurait fallu un témoignage des parents, des frères, ou toute personne contemporaine de Jeanne et évidemment d'elle-même, mais actuellement il n'y a aucune trace, à ma connaissance, d'un témoignage direct quelconque de la famille de Jeanne. Au mieux nous avons quelques témoignages d'un âge incertain qui varie selon les témoins, mais qui aujourd'hui semble accréditer qu'elle est moins de 20 ans à l'âge de son exécution.
L'âge à l'époque des personnes, à part de nobles ou de la royauté, n'avait guère d'importance et il était commun de ne pas connaître ni sa date de naissance précise et son âge même à quelques années près.
Un exemple flagrant est celui du procès de réhabilitation de Jeanne, les témoins se donnent des âges souvent inexacts :
Pierre Cusquel : s'enlève 5 ans ..
Le Comte de Dunois, le 22 avril 1456 , se donne un âge de 51 ans alors qu'il en a environ 54.
Jeanne dans le procès ne fait pas souvent allusion à son âge, en tout cas pas plus qu'il est nécessaire, il est d'ailleurs très probable qu'elle n'en connaisse pas la date avec précision. Cette situation est corroboré par la suite lorsqu'elle n'arrive pas donner un âge bien précis lors du procès de Rouen par l'évêque de Beauvais, de plus il lui arrive d'avoir des doutes notamment sur l'âge de départ de chez ses parents, preuve s'il en est que rien n'est bien acté même s'il n'y aucune contradiction de sa part, simplement des imprécisions qui n'avaient pas lors des faits une importance majeure. Si aujourd'hui on apporte une attention à l'anniversaire comme une date importante, l'époque de Jeanne est totalement différente pour la population en générale.
Un autre élément aurait pu nous aider, c'est le procès matrimonial de Jeanne à Toul. Mais ce document qui a disparu , ne reflètait probablement rien de bien particulier à ce sujet et encore moins son âge de majorité. L'âge de la majorité n'était pas définie comment on peut le connaître aujourd'hui dans nos institutions, au mieux l'âge de majorité fictive était définie par l'église selon la possibilité, ou non, d'une femme de se marier. Textuellement l'âge de mariage religieux est définie à la puberté c'est-à-dire à 12 ans environ; même si en réalité à son époque les mariages étaient tout de même souvent plus tardifs, vers 16-19 ans en moyenne. Un âge moyen par ailleurs qui entre parfaitement dans le cadre des « fiançailles » de Jeannette.
- II - Témoignages du XVe sur l'âge de Jeanne d'Arc
Les voici en partie, les auteurs sont tous du XVe :
- La lettre de Perceval de Boulainvilliers qui donne la date du 6 janvier , lettre écrite le 22 juin 1429.
- Perceval de Cagny : « en l'an 1428, le 6e jour du mois de mars, une pucelle de l'âge d'environ de 18 ans, venant des marches de Lorraine et de Barrois rencontra le roi à Chinon », Perceval de Cagny a écrit ces textes en 1436, très tôt donc après la mort de Jeanne mais surtout tiens ses informations du Duc d'Alençon, un des très proche compagnons et fidèle de Jeanne d'Arc. Cependant la date de 1428 est en fait 1429 aujourd'hui mais la raison de cette différence de date est que la nouvelle année était à Pâques à l'époque de Jeanne, pour le 6 mars la date semble fausse à priori à deux ou trois semaines près, sans certitude cependant.
- Jean Chartier, chantre de Saint-Denis « En ce temps, vint une nouvelle qu'il y avait une pucelle de Vaucouleurs et de Barrois, laquelle était âgée de 20 ans ou environ. »
- Auteur inconnu mais édité fin XVe probablement, par Denys Godefroy sans cité d'auteurs ou de sources « fille de Jacques Daix et d'Ysabeau, sa femme, simple villageoise, qui avoit acoustumé aucunes fois de garder les bestes ; et quand elle ne les gardoit, apprenoit à couldre, ou bien filoit. Elle estoit aagée de dix sept à dix-huit ans, bien compassée de membres, et forte ; » On notera quelques points troublants, le nom daix écrit comme il se prononçait à l'époque, et la description « bien compassée de membres et forte » qui pourrait suggérer que la personne ait pu voir Jeanne, ou un portrait ou reçu une description d'une personne qui l'aurait vu mais qui pourraient venir de Lorraine au vu de l'accent utilisé.
- Enguerran de Monstrelet, au service du Duc de Bourgogne et surtout de Jean de Luxembourg, est au siège de Compiègne en 1430, il aurait même selon ses dires vu et entendu Jeanne lors de la rencontre avec le Duc de Bourgogne. Entre 1440 et 1553 il écrit une chronique sur Jean de Luxembourg, particulièrement à son avantage. Sur l'âge de Jehanne voilà ce qu'il dit : « En l'an desusdit, vint devers le roy Charles de France, à Chynon où il se tenoit grand partie du temps, une pucelle josne fille eagie de vingt ans ou environ, nommé Jehenne, laquelle étoit vestue et habilliée en guise d'homme ». Selon donc Enguerran , elle a 20 ans ou environ.
- Registre de la chambre des comptes de Brabant: « le sire Rosethlaer, que nous venons de nommer » écrit à plusieurs seigneurs du conseil de Brabant « plus tard ce même sire a écrit, toujours selon ce lui avait rapporté le chevalier ( un chevalier de Charles VII et conseiller du roi ) dit, qu'une jeune fille, née en Lorraine, nommée Jeanne et âgée d'environ 18 ans » Ce sire Rosethlaer est en fait un ambassadeur venu de Bruxelles dans le cadre d'un mariage avec une fille de Yolande, la lettre originale est écrite le 22 avril 1429 et retranscrite par la suite ( L3 p83 ) dans le tome X des registres de la chambre des comptes de Brabant.
- Le Pape Pie II, écrira lui-même ( sous le pseudonyme Jean Gobelin ) « Puella sexdecim annos nata, nomine Joanna, pauperis agricolæ filia » « Une fille vierge de 16 ans, appelée Jehanne, née d'un père laboureur ». Ce texte est écrit entre 1462 et 1464, il comporte notamment des précisions importantes sur Charles VII, qui semble donc confirmer qu'il est très bien informé. Par ailleurs le procès en révision en 1458 sous son impulsion démontre qu'il est parfaitement au courant des faits. Si il y a bien un homme d'église qui est au courant des secrets de Jeanne c'est lui, il a très probablement accès à tous les procès y compris celui de Poitiers. Nier son témoignage, voir le cacher comme le font certains journalistes est faire preuve d'un aveuglement total voir pire d'une escroquerie intellectuelle.
- Lettre probable d'un Chevalier de Saint-Jean de Jérusalem « per Puellam, ætatis decem octo annorum » « par une vierge, âgée de 18 ans ». ( Quicherat – Tome V )
- La femme de lettre Christine de Pisan, née à Venise en 1364 mais décède à Poissy en 1430 dans l'abbaye. Il est à préciser que la fille d'Isabeau de Bavières et de Charles VI, Marie de Valois la sœur de Charles VII, vivait dans cette abbaye également. Elle devait donc être au courant des événements et il n'est pas impossible de penser que Christine de Pisan et Marie de Valois se fréquentait, ce qui peut expliquer l'exactitude de ces vers notamment sur l'âge et les événements. C'est d'autant plus probable que Christine de Pisan a écrit un livre, à la demande de Philippe de Bourgogne, sur Charles V ce qui a pu sûrement rapprocher les deux femmes. Dans l'un de ses derniers poèmes de sa vie achevé le 31 juillet 1429, donc du vivant de Jeanne d'Arc, elle écrit ceci sur l'âge de Jeanne d'Arc :
« Une fillete de seize ans
(N'est-ce pas chose fors nature ? )
A qui armes ne sont pesans, »

On note qu'elle donne le même âge que Pie II, 28 ans avant ce dernier. Ce qui par un curieux hasard de circonstance ne mènerait-il pas à la réflexion suivante ? pour l'église elle avait 16 ans lors de la rencontre de Charles et Jeanne, un âge ressorti du procès de Poitiers ?
- Procès de réhabilitation : « Étant petite fille, j'ai connu Jeannette. Son père et sa mère étaient d'honnêtes laboureurs, gens de bonne renommée et bons catholiques. Je ne sais rien que par ouï-dire sur ses parrains et marraines, parce qu'elle avait quatre ans de plus que moi » témoignage de Hauviette dans le procès de réhabilitation en 1456. Hauviette a 45 ans, mais on n'est même pas sûr qu'elle connaisse son âge. En tout cas son témoignage donnerait alors à Jeanne lors du procès de réhabilitation : 49 ans ou 24 ans lors de son exécution à Rouen, ce qui au vu des nombreux témoignages sur l'âge de Jeanne est fortement improbable.
C'est le seul témoignage donnant indirectement un âge très supérieur à celui supposé de Jeanne, on peut légitimement se poser la question comment un journaliste qui se dit sérieux peut prétendre donner un âge aussi lointain pour exprimer ses doutes sur la filiation de Jeanne et de Charles. En fait l'essentiel pour le journaliste est que la date tombe dans la période qu'il souhaitait, une sorte d'arrangement avec l'histoire pour la réécrire à sa façon.
En effet sous prétexte qu'elle donne un âge plus avancé que le sien, qui sert d'ailleurs d'excuse sur le fait qu'elle ne peut vraiment répondre à la question posée, le journaliste en déduit donc qu'elle est née en 1407 qui comme par hasard arrive exactement à la date de l'une des théories fumeuses : c'est-à-dire la naissance de Philippe fils d'Isabeau de Bavière...une non affaire Jeanne d'Arc que voilà ! La probabilité qu'elle se trompe est identique aux autres sur leur propre âge surtout presque 30 ans après les faits, rien de bien mystérieux dans une époque trouble sans acte d'état civil écrit.
Mais c'est surtout l'ensemble des très nombreux témoignages ( visuels ou non ), n'ayant d'ailleurs aucun intérêt à mentir ou travestir la réalité, dont certains ennemis de Jeanne, qui semblent converger vers une date très ultérieure à 1407 et se rapprocher de 1412. Au mieux nous pourrions avoir une date de 1411 à 1414, au-delà on entre dans une incertitude extrême qui n'est étayé par aucun fait suffisamment complet et qui ne peut servir qu'à des intérêts personnels en faisant barrage à la réalité historique.
- III - La lettre de Boulainvilliers
La lettre de Perceval de Boulainvilliers, écrite le 21 juin 1429, a fait couler beaucoup d'encre notamment sur son authenticité , les raisons de son élaboration et surtout la date étrange et les événements survenus lors de la naissance de Jeanne.
Le gros point noir de cette lettre n'est pas vraiment l'auteur et la date d'écriture mais plutôt à qui elle était destinée, en effet Jean Marie Visconti est mort depuis fort longtemps en mai 1412. Je ne vais pas m'étendre sur le personnage et la famille Visconti, famille connue pour des activités douteuses et cruelles. Par contre on peut remarquer que la date de décès coïncide par le plus curieux des hasards avec celle de l'année supposée de la naissance de Jeanne.
Bien évidemment on pourrait se dire qu'au vu des moyens de communication de l'époque, Perceval de Boulainvilliers pourrait ne pas être au courant. C'est fortement impossible puisque le 17 février 1424 Charles signe un traité avec le successeur de Jean Marie Visconti qui est Philippe Marie Visconti son frère, soit seulement 5 ans avant la lettre. Dans son tome V, Quicherat donne une explication simple, le Jh aurait été confondu avec Ph, il s'agirait alors bien de Philippe Marie de Visconti, N'ayant pas pour l'instant pu voir le document original en question je ne peux pas me prononcer,
Mais il est vraiment improbable qu'il s'agisse d'une erreur, car Philippe Marie et Jean Marie Visconti sont les oncles de Charles VII et du frère emprisonné à Londres, comment peut-on imaginer qu'ils n'en connaissent donc pas le prénom ? Un simple problème donc de transcription du latin en français en est donc peut être l'origine.
On sait encore moins qui est le commanditaire de la lettre, Boulainvilliers ? le Roi ? une personne proche du Roi ? ça reste un mystère.
Je fais abstraction du début de la lettre qui est une succession de formule de politesse pour le Duc de Milan pour passer directement au sujet de la naissance de Jeanne :
« Elle est née dans un petit village appelé Domremy, au bailliage de Bassigny, en deçà et sur les confins du royaume de France, sur le fleuve de Meuse, non loin de la Lorraine. Elle est issue, on le sait, de parents justes et simples. C'est dans la nuit des Epiphanies, durant laquelle les gens ont coutume de commémorer avec plus de joie les actes du Christ, qu'elle entre dans la lumière de cette vie mortelle, et, chose merveilleuse, tous les paysans de l'endroit sont saisis d'une joie inconcevable.
Ignorant la naissance de la jeune fille, ils courent çà et là, demandant ce qui est arrivé de nouveau. Une joie nouvelle s'était fait sentir dans le cœur de quelques-uns. Que dirai-je de plus ? Les coqs, comme se faisant les hérauts de cette joie nouvelle, éclatent en chants inusités, inouïs. Battant leurs corps de leurs ailes, pendant presque deux heures, ils semblent présager l'événement d'une chose nouvelle »
On est là face à un texte assez étrange, qui ressemble plus il faut le dire à une campagne politique tendant à démontrer le merveilleux de la naissance de Jeanne... malgré comme il le dit « Ignorant la naissance de la jeune fille » les habitants du village sont pris d'une folle joie ... C'est d'autant plus étrange que ce n'est pas corroboré par aucun témoignages dans les procès. Un autre point contestable et qui permet d'affirmer dans un sens que Boulainvilliers ne connaît pas la date de naissance de Jeanne c'est qu'à aucun moment il ne parle de son année de naissance et de son âge précis.
Un certain journaliste qui se veut sérieux dans son enquête, explique que ce tintamarre pourrait venir en fait de la venue de Paris d'un convoi en donnant un bébé à Jacques d'Arc et Isabelle Rommée. On peut évidemment se poser la question, mais rien dans le texte ne permet de l'affirmer, Perceval de Boulainvilliers à aucun moment fait ce type de référence ou allusion, il s'agit purement d'une invention fantaisiste du journaliste. De plus comment motiver une visite royale en plein hiver, à plus de 400 km avec plus de 10 jours de route sans aucune trace nulle part ?
On ne peut éviter d'en rire un peu, comment un journaliste qui se veut exhaustif, réaliste et objectif, peut-il dans son livre avec un ton très sérieux sortir ce type d'histoire à dormir debout, comme si la lettre de Boulainvilliers ne manquait déjà en elle-même d'étrangeté.
En réalité le journaliste parfait commercial pour bien vendre son livre, omet totalement d'expliquer la situation religieuse à cette époque. Le texte fait clairement référence s'il en est à la naissance de Jésus et à la magie des événements.
Dans le livre de Contamine ( L10 ) , l'un des grands spécialistes de Jeanne , estime que Perceval de Boulainvilliers aurait pris ses informations sur les rumeurs et histoires sur Jeanne au moment où il écrit cette lettre, en inventant rien . Si lui n'invente rien, on peut donc légitimement se poser la question sur ceux qui colportent ces faits.
Une autre phrase est intéressante :
« Elle est issue, on le sait, de parents justes et simples » le « on le sait » démontre par ces trois mots qu'il a une certitude sur ces origines parentales, probablement lié au procès de Poitiers et peut être une enquête à Domremy même. Il y a une tentative sur ce point d'imposer un état de fait irréfutable, cette certitude dans sa lettre n'est pas la seule.
On peut être évidemment aussi surpris de la précision « deux heures », comme si il avait été témoins des faits où qu'il aurait reçu un témoignage d'une personne proche ? Ses frères peu probables ils étaient sûrement trop jeunes pour s'en souvenir, les parents ? Jusqu'à juin ils ne semblent pas qu'Isabelle la mère de Jeanne et ni le père Jacques se soient déplacés à Chinon. Du procès de Poitiers ? ou des interrogatoires de Chinon, pourquoi pas mais même le Pape Pie II n'en a pas connaissance, ne serait-ce pas pourtant une date importante dans la religion chrétienne et une preuve de plus que Jeanne est la messagère de dieu ?
Alors vraiment on peut honnêtement être perplexe, d'où tient-il cette information ? De simples rumeurs comme il était coutume à l'époque ?
Quant à la date de naissance de Jeanne du 5 ou 6 janvier on ne peut qu'évidemment se poser des questions, d'autant qu'elle coïncide comme par enchantement à la date des Rois. Pour ma part si Jeanne était née ce jour-là, un jour important dans l'année des chrétiens, il est fort probable qu'elle en aurait fait mention un jour où l'autre notamment à son procès, ce qui n'est pas le cas puisque malheureusement elle ne peut même pas indiquer avec certitude son âge à un an près. Mon avis est que si elle était née le jour d'une fête religieuse importante, vu sa croyance ainsi que sa mère, elle en aurait parlé au procès ou un autre moment surtout si selon Boulainvilliers c'est une fête dont « les gens ont coutume de commémorer avec plus de joie les actes du Christ ».
Vu l'imprécision de l'âge de Jeanne notamment par elle-même, vu que le Pape Pie II n'en fait aucunement référence et qu'aucun « historien » contemporain de l'époque n'en parle à aucun moment, la date fournie par Perceval de Boulainvilliers, le ton utilisé et la manière dont c'est amené est sûrement inventée ou créer à partir de sources non fiables ( rumeurs ) pour conduire le lecteur de la lettre à imaginer l'incroyable bénédiction de la naissance de Jeanne.
Ne l'oublions pas, elle est venue libérer la France et doit sacrer Charles comme roi de France, il faut donc crédibiliser le rôle de Jeanne et la rendre plus pure qu'elle ne l'est encore.
- IV - En conclusion
La date fournie par Perceval de Boulainvilliers est difficile à appréhender, son approche dans la lettre surtout au début peut paraître surprenante, d'autant qu'il ne précise pas l'année mais se contente de donner le jour en relatant des faits que l'ont peu qualifier d'imaginaires ou infondés. Pourtant la suite de la lettre, qui concerne en partie la Bataille de Patay, semble confirmer une réelle précision des événements dont il a pu faire partie ou en tant que témoin. Mais ces éléments à la fois précis dans certaines parties de la lettre et d'autre bien plus incertains, ne peuvent pas permettre de crédibiliser l'ensemble sans autres témoignages écrits qui pourraient concorder avec le sien. Sur la date de naissance à l'heure d'aujourd'hui il est bien le seul à le stipuler, sur d'autres points de sa lettre certains éléments semblent confirmer ses dires et d'autres non.
L'âge de Jeanne selon les témoins est toujours , sauf une exception mais qui peut être largement mis en doute, entre 16 ans et 18 ans pour la rencontre avec Charles, voir 20 dans certains cas selon les périodes notamment à sa capture. Jeanne lors de son procès donne un âge d'environ 19 ans en 1431 sans pouvoir le préciser totalement, cette imprécision peut s 'expliquer par le fait qu'elle ne connaît pas sa date exacte de naissance, ce qui peu rendre improbable le jour de naissance proposé par Perceval de Boulainvilliers, en effet comment expliquer qu'elle ne la connaisse pas alors que lui si ?
Certains journalistes ou romancier cherche à lui donne un âge plus avancé, en trouvant une multitude de faits inexactes , cherchant des témoignages plus ou moins valables, voir transformant des textes à leur façon. La réalité est que clairement les témoins visuels entrent en totale contradiction avec le seul témoignage d'un âge supérieur à 20 ans, qui sorti de son contexte peu rendre éventuellement probable leur théorie, mais pris dans son contexte en prenant l'ensemble des faits historiques la rende peu crédible, voir risible.
Bien sur on peut se poser la question pourquoi les historiens ou la version dite « officielle » ,dit souvent d'une telle manière comme si c'était un complot international depuis 600 ans, ont tenu à garder cette date. Pour une raison simple, il en fallait une et quitte à ce qu'elle soit fausse elle repose au moins sur un témoignage de son vivant, même si évidemment il est sujet à controverse. Ce n'est pas le seul document dans l'histoire de France qui est sujet à discussion.
De plus cette date ne remet absolument pas en cause la vie de Jeanne et son histoire, s'il y a bien sur quelques mystères à son sujet, ils restent à mon avis largement mineurs pour la plupart par rapport à sa vie. Savoir son âge au jour près, ne changerait rien ou presque. L'essentiel est le symbole utilisé qui perdure encore aujourd'hui et la volonté de prolonger sa mémoire avec le plus d'objectivité possible ce que certains journalistes, voir d'historiens , ont perdu ou qu'ils n'ont jamais eu.