Meung sur Loire, le Château


Château de Meung sur Loire

 

Château de Meung sur Loire 

 

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Les origines de Meung-sur-Loire remontent à l'époque gallo-romaine. Meung viendrait donc de Magdunum « ville sur lieu élevé » ou « marché fortifié » ; cependant une autre version du nom pourrait être aussi l'origine et me parait plus plausible vu le lieu : Magoduno, qui vient de magos (plaine ou marché agricole) et duno (ville). Pour la Loire, le nom viendrait de Liger qui vient de Liga ( boue, limon ). ( source : Toponymie )

En l'an 406, les Vandales massacrent la population et brûlent le petit fort gallo-romain de l'époque...suivis de près par les Alains qui font de même en 408. Une habitude que les Vandales vont perpétrer pendant environ deux ans en Gaule, avant de descendre vers le sud en direction des Pyrénées.

Au VIème siècle, Saint Liphard, né en 477 à Orléans, d'abord juge, s'installe avec des moines dans les ruines du fortin gallo-romain. Il y accomplit des miracles et on lui attribue notamment la modification hydrographique de la rivière des Mauves. Ils vont assainir les marécages et prendront l'initiative de canaliser les cours d'eau en créant une berge artificielle. Par la suite cela permet l’installation de quelques 37 moulins à eau ! ...activité relativement lucrative pour l'époque. La mauve se dit en latin : Malva = la lente, ce qui correspond un peu à cet ancien domaine marécageux.

A sa mort vers juin 565 ( pas de date précise en fait ), une chapelle sera construite à son souvenir sur sa tombe. Puis au VIe se dresse un chapitre de chanoines. La chapelle est détruite ou agrandie vers le XIIIe, et correspond en partie à celle que nous pouvons voir actuellement.

En 861, Charles le Chauve rencontre à Meung-sur-Loire le comte d'Anjou et de Blois (ancêtre des Capétiens et père des rois Eudes et Robert Ier), Robert le Fort. Ce traité va permettre au roi d'assurer une défense importante entre la Seine et la Loire contre les Bretons et les Normands.

Au XIe, Odon de Meung rédige un premier traité de médecine par les plantes et sera le premier poète de Meung…

En 879, les Normands remontent la Loire, et une nouvelle fois le fort est brûlé.

Un autre poète y nait : Baudru de Bourgueil, poète du XIe –XIIe, né à Meung en 1046. Il écrira notamment les poèmes historiques et certaines 'Vies de Saints'.

 

Le premier château, adossé à la Collégiale, a été construit pour Manassès de Garlande (évêque de 1146 à 1185), d'où le nom de la Tour Manassès de Garlande, collée à la Collégiale. Il ne reste plus grand chose de ce château.

Jehan de Meung est un célèbre continuateur de l'œuvre de Guillaume de Lorris. Il naît à Meung en 1240 sous le nom de Jean Chopinel, il devient clerc puis philosophe érudit et parfois poète de la cour.

Le château actuel a été édifié au début du XIIIe par le seigneur Manasses de Seignelay. Il devient rapidement une résidence épiscopale. Pas moins de 53 évêques et 6 cardinaux y ont séjourné.

 

En 1338, pendant la guerre de Cent Ans, apparait une légende et une expression régionale des « ânes de Meung ».

Voir ici : http://www.lepost.fr/article/2008/10/06/1281867_des-anes-dans-la-tourmen...

Jean II le Bon vient furtivement en traversant le pont de Meung en 1356, avant la terrible défaite de Poitiers.

La guerre de Cent Ans s’intensifie, et le 5 septembre 1428, le château va devenir un quartier général anglais, avec à sa tête le comte de Salisbury. Il envisage notamment la prise d'Orléans. Il dirige un siège en octobre 1428. Mais il est touché rapidement à la tête le 8 octobre 1428 et meurt au château de Meung le 12 du même mois.

Il est remplacé assez tard par John Talbot en Avril 1429. Mais quelques jours plus tard, Jeanne d'Arc libère Orléans le 8 mai.

Jeanne d'Arc  défait les Anglais à la bataille de Meung-sur-Loire, le 15 juin 1429 avec les troupes du Duc Jean II d'Alençon.

La bataille se déroule en deux étapes : prise de la ville fortifiée et du château puis prise du Pont. Ils chassent les 4000 Anglais du village qui ont subi beaucoup de pertes depuis la défaite du siège d'Orléans. Elle va y rester deux mois menant à bien la bataille de Beaugency et surtout celle de Patay plus connue, car elle va mettre à terre une grande partie des archers anglais présents sur le sol de France. Rappelons que les archers anglais, depuis les batailles de Crécy et d'Azincourt, avaient mis à mal la chevalerie française depuis un siècle. Cette bataille met un terme définitif à la suprématie des archers anglais sans pour autant la réduire au néant.

Après son départ le château devient vite une prison d'état. Y sont jugés les criminels relevant de la justice épiscopale, et de droit commun relevant des juridictions royales. Les peines de mort sont commuées en peine de prison à vie....ce qui dans les geôles du château rend la peine en fait très courte. Ils y subissent " le supplice de la question par l'eau" : une variante est encore utilisée de nos jours (notamment contre la lutte anti-terroriste). Jetés dans les oubliettes du château, ils y mourraient relativement vite.

Nicolas d’Orgemont, dit «Le Boiteux d’Orgemont», est chanoine à Notre-Dame de Paris, Grand archidiacre d’Amiens, doyen de Saint-Martin de Tours, conseiller au parlement de Paris (1404), maître clerc ordinaire en la Chambre des Comptes. Il est le bras droit de Jean sans Peur duc de Bourgogne, qui a prêté  allégeance à Henry V roi d'Angleterre comme roi de France.

Nicolas d'Orgemont complote alors contre le roi de France : le projet étant de tuer le Roi et la Reine le jour de Pâques à Paris. Par hasard le complot est découvert par la femme de Laillier, changeur, demeurant sur le Pont-au-Change, et par un gentilhomme de Montigny proche du duc de Berry qui aperçoivent des gens en armes et préviennent le prévôt de Paris. En 1416, il est emprisonné au château de Meung-sur-Loire (pour éviter une évasion possible s’il restait à la Bastille à Paris ) puis meurt 'de folie' assez rapidement. Tous les autres comploteurs sont pour la plupart tués. La 'clémence' envers Nicolas d'Orgemont est liée probablement à son statut de chanoine et donc d’ecclésiastique.

Un autre prisonnier va connaître lui aussi une clémence assez rare du roi Louis XI. Revenant de Clery-Saint –André, le roi va gracier François Villon, le 2 octobre 1461, alors prisonnier du château depuis 5 mois par ordre de l'Evêque d'Orléans Thibaut d’Aussigny. La présence de Charles d'Orléans, lors de cette visite impromptue, n'est surement pas étrangère à sa libération... En effet poète à ses heures, il avait dans ses manuscrits des poèmes de Villon. François Villon est le seul prisonnier à sortir vivant du château de Meung-sur-Loire....

Si des incertitudes sur le lieu de la mort de Charles V proposaient le château de Meung-sur-Loire, il semble sûr aujourd'hui qu'il soit plutôt mort dans le manoir de Beauté-sur-Marne (actuel Nogent-sur-Marne), le 16 septembre 1380. Manoir qui ruiné, est détruit par Richelieu en 1626.

François Ier signe le 13 février 1533, un traité permettant à la ville de Meung-sur-Loire de taxer les passages des bateaux dans les ports de la ville. On a tendance à l'oublier, mais il était monnaie courante de taxer quand vous passiez une région ou un lieu dit. Colbert tenta pour sa part de lutter contre cette coutume, car cela entravait la circulation des biens et personnes.

En 1706, Louis XIV accorda à Joseph Jean-Baptiste Fleuriau d'Armenonville (magistrat et homme politique français) une subvention de 20 000 livres, pour l'entretien du château (j'ai un doute cependant sur la personne). Il fut notamment propriétaire du château de Rambouillet dans les actuels Yvelines. Les travaux se terminèrent en 1750 et Monseigneur Louis Sextius Jarente de la Bruyère (Evêque de Digne, puis d’Orléans en 1758) le transforme en un véritable château de plaisance et mondain. Sa proximité avec Étienne-François, comte de Stainville & duc de Choiseul, et la disgrâce de celui-ci par le roi, conduit Louis Sextius Jarente de la Bruyère à s'exiler au château et à y mourir le 28 mai 1788. Du beau monde passe encore, dont les Mgr Grimaldi (ancêtres des princes de Monaco actuels), Choiseul, les peintres Desfriches et Vincent, l'écrivain Delille et le statuaire Delaistre.

Le château devient, à la Révolution, un bien national et est vendu aux enchères publiques le 28 mars 1791. Le Baron Jean-Jacques Lecoulteux s'en porte acquéreur pour 300 000 livres. Il va créer par ailleurs la Banque de France et deviendra maire de Meung-sur-Loire.

Le dernier propriétaire, Madame Douchement, meurt en 1968. Les héritiers confient le château à des hommes d'affaires. Il est racheté en 1971 et ouvert au public en 1975.

Il est revendu le 15 Octobre 2000, Evelyne Beaulieu est l'actuelle propriétaire du château. Elle attend patiemment plus de 6 ans pour racheter ce château aux anciens propriétaires. 

Source principale : texte disponible au château, que j'ai totalement réactualisé et amélioré.

Correction par Cécile Bricault