24octobre2014

Comte Jean de Dunois - Bâtard d'Orléans

Le Comte de Dunois

Jean de Dunois, appelé le Bâtard d'Orléans 

"Noble chevalier, beau, doux et calme, du grand conseil ( du roi ), que le roi aimait beaucoup, non sans raison, car il était prudent et de bon gouvernement ainsi que disait la commune renommée".

Jean de Dunois, Comte de Dunois, Bâtard d'Orléans

Dunois en prière, dans les Heures de Dunois

 

Articles connexes : Siège d'Orléans - Prise de la Bastille de Saint-Loup. Château de Châteaudun

 

Le comte de Dunois était souvent appelé le « Bâtard d'Orléans », avant qu'il ne devienne Comte de Longueville en 1443, titre donné par Charles VII, et de Dunois en 1439 grâce à Charles d'Orléans. Né à Beauté-sur-Marne, actuelle Nogent-sur-Marne, le 18 avril en 1402 [ L10 ], il décède dans le Château de Tournelle dans la ville de l'Hay le 24 novembre 1468. Son corps est porté à la basilique de Cléry-Saint-André en présence de Louis XI et son cœur est entreposé au château de Châteaudun.

Le château de Tournelle décrit par Jean Lebeuf (prêtre et historien du XVIIIe), ou plutôt la maison forte du XIVe qui servait de couvent aux sœurs de Saint-Vincent-de-Paul au XIXe, a disparu pendant la Révolution Française. Il se trouvait à l'emplacement du 34 rue de Tournelle dans l'actuelle ville de L'Haÿ les Roses en région parisienne dans le Val de Marne.

Une note en 1438 sur Jean de Dunois par un moine de l'abbaye de Saint-Martial à Limoges dit de lui lors d'une visite de Charles VII [L10-674] :

"Noble chevalier, beau, doux et calme, du grand conseil ( du roi ), que le roi aimait beaucoup, non sans raison, car il était prudent et de bon gouvernement ainsi que disait la commune renommée".

Il est également surnommé le « restaurateur de la Patrie » après avoir pris la Normandie et la Guyenne aux Anglais.

 


L'enfance de Dunois


Les parents de Dunois sont Louis d'Orléans, frère de Charles VI, et Mariette d'Enghien, petite-fille d'Eustache d'Enghien qui était le favori de Philippe de Valois. Il semble que Louis d'Orléans voulut épouser Mariette d'Enghien, mais cette relation consumée déplaisait à Charles VI pour des raisons politiques principalement. Louis d'Orléans tenta de faire intervenir le Saint-Siège, en vain, si les raisons n'étaient pas celles de Charles VI, le Vatican condamna la relation.

C'est pendant cette idylle entre Louis d'Orléans et Mariette d'Enghien que naît Jean. Forcé, Louis se marie avec Valentine de Milan, fille du grand-duc de Milan. Jean est donc le demi-frère de Charles Duc d'Orléans, de Jean d'Angoulême et Philippe Comte de Vertus. Il est également le cousin germain de Charles de Ponthieu, futur Charles VII. Valentine de Milan est aussi duchesse de Milan et demi-sœur de Pierre Marie et Philippe Marie Visconti, auquel la lettre de Boulainvilliers fait référence.

Ses premiers jours, au château de Beauté sur Marne, sont sous la garde de Jeanne du Mesnil la gouvernante [ L22 - P279 ].

Valentine de Milan va facilement, semble-t-il, accepter Jean dans la famille jusqu'à d'ailleurs exercer auprès de cette mère d'adoption une certaine estime affective. En effet elle disait à son propos « on me l'a volé », termes qui signifiait qu'elle aurait aimée qu'il soit son fils. En tout cas il est probable que Jean fut dès son jeune âge d'une nature assez douce, un trait de caractère qui se prolongea jusqu'à la fin.

C'est au château de Château-Thierry où réside à ce moment-là Valentine, ainsi que Jean et ses demi-frères, qu'ils apprennent le meurtre de Louis d'Orléans

Assassinat du Duc d'Orléans à Paris

Assassinat du Duc d'Orléans à Paris, père de du Comte de Dunois ( BNF )

Elle demandera à ses enfants « Mes enfants, dit-elle, lequel de vous se montrera le plus ardent à venger ce crime ? – Moi » répondit Jean. Elle finit par admettre au bout de quelques années de chagrin, et l'impossibilité de faire juger ce crime, que « lui seul est taillé pour punir les assassins de son père ».

On comprend donc mieux la ténacité de Jean de Dunois, sa fidélité quasi sans faille à Charles VII, mais aussi son tempérament relativement entreprenant sur tout ce qui permettait de réduire l'influence Anglo-Bourguignonne.

Cette relation entre Louis d'Orléans, Mariette d'Enghien et puis plus tard avec Valentine de Milan rends difficilement, et objectivement, concevable une quelconque relation entre Louis d'Orléans et la femme de Charles VI : Isabeau de Bavière. En effet ils auront 11 enfants dont 6 morts jeunes. Pour autant la réputation de Louis d'Orléans est exécrable sur ce sujet.

Valentine de Milan, ainsi que ses enfants et Jean, vivent à Blois. Les protégeant notamment de Paris et des Bourguignons qui ont pris la ville. Elle fait renforcer la forteresse, en termes de défense. Elle tente habilement d'éduquer Jean, elle lui adjoint Florent de Villiers qui professait l'Astrologie et la Médecine...à l'époque cela ne paraissait pas inconcevable, c'est lui qui dira à Louis d'Orléans qu'il ne servait à rien de construire une maison à ce fils car il serait toute sa vie errant pour le secours d'autrui [ L10 ].

La vie de Valentin de Milan dans la dernière année après la mort de Louis d'Orléans est consacrée à faire juger les meurtriers de son mari, en vain. Elle fait mettre au Château de Blois les bannières noires avec la mention suivante « Rien ne m'est plus, plus ne m'est rien »

Elle décède, épuisée et dans le chagrin, le 4 décembre 1408. La mère naturelle de Jean est à Claix. [ source ]

À ses quinze ans, il est fait prisonnier par les Bourguignons, enfermé dans le château vieux de Saint-Germain en Laye et libéré en 1419 après avoir payé la rançon. [ L1p53 ].

En plus de ces études religieuses et culturelles nombreuses, il va suivre très tôt un enseignement militaire, combat à l'épée et des lances notamment, dans le but de le faire chevalier.

Il deviendra écuyer de banneret, au moins à partir de 1421, qui est un statut de chevalier, dont le devoir est de se tenir près du seigneur, mais qui lui concède le droit de lever bannière. Il avait sous son pennon quatre bacheliers, vingt-un écuyers et dix-huit archers.

Le 24 novembre 1421, Charles de Ponthieu lui donne par acte, la seigneurie du Vaubonnais en Dauphiné. ( 11 )

À 17 ou 18 ans il reçoit des mains de Philippe Comte de Vertus, le collier d'argent du Porc-épic qui symbolise l'ordre fondé par leur père, Louis d'Orléans.

Sa vie va rapidement basculer par une succession d'événements, tout d'abord Jean d'Angoulême est détenu en otage en Angleterre en 1412 et n'est libéré qu'en 1445. Charles son autre demi-frère, autre prétendant au duché d'Orléans, est capturé à la bataille d'Azincourt le 25 octobre 1415 et n'est libéré qu'en 1440. Il a eu la charge de trouver l'argent pour payer la rançon de 120 000 Livre ( ou 220 000 ).

Pour finir Philippe Comte de Vertus, soutien essentiel du dauphin Charles, décède subitement à 24 ans en 1420, très probablement de la peste ou de dysenterie, par conséquent Jean de Dunois devient l'unique héritier dépositaire du duché d'Orléans en attendant un éventuel retour de l'un ou de ses deux demi-frères.

 


La guerre de Cent-Ans


 


À la bataille de Baugé en Anjou, il est sous les ordres de John Stuart ( Ecosse ) et de Gilbert Motier de la Fayette ( Royaume de France ), il fait face à plus de 3000 soldats anglais sous les ordres de Thomas Lancastre qui y décède, de Jean et Thomas Beaufort.

Cette bataille est importante, car depuis 1415 les Français n’ont plus gagné de bataille rangée face aux archers anglais notamment. Les pertes anglaises furent nombreuses avec plus de 1000 morts et la perte d'officiers.
Il est adoubé chevalier à 18 ans, ce qui en général se fait plus tard, vers 20 ans et plus, mais les impératifs militaires et la situation l'exigeaient sans compter les qualités de Dunois qui se sont vite mises en avant.
Il porte alors les éperons d'or et l'épée offerte par le prince Charles, qui lui permet de porter les armoiries du blason de la maison d’Orléans, auxquelles il rajoute la brisure ( trait rouge en diagonale sur un blason ) qui correspond aux « bâtards ».

En 1421, il se marie une première fois avec Marie Louvet, la fille du ministre Louvet. Il s'agit également de l'année de la mort de Charles VI. Cependant ce mariage va le contraindre à l'exil pendant un an, en effet Charles VII banni toute la famille de Louvet.

En 1422 il achète le château de Beaugency, dans laquel il réside avec sa femme.

En 1424, à la demande d'Arthur de Richemont Duc de Bretagne , qui fut lui aussi un partisan de Jeanne pour combattre après le sacre de Reims, il va aider Louis d'Estouteville, gouverneur, en position difficile au Mont Saint-Michel. En 1425 Dunois est nommé Capitaine du Mont Saint-Michel. Ce même Arthur Duc de Bretagne et Dunois se retrouveront lors de la prise de Paris en 1436.

1426, Marie  Louvet décède.

La grande victoire de Dunois a lieu lors de la bataille de Montargis le 5 septembre 1427, qui va être magistralement menée par Étienne de Vignoles dit La Hire alors capitaine des opérations militaires*. [L8]

La Hire et Dunois se partagent les rôles, alors qu’ils sont sous les murs de Montargis assiégée par les Anglais depuis quelques mois. Une phrase célèbre de la Hire a été relevée par le chroniqueur Montreuil ,  avant l’assaut des troupes anglaises: « Dieu je te prie que tu fasses aujourd’hui pour La Hire autant que tu voudrais que La Hire fasse pour toi s'il était Dieu et tu fusses La Hire. »

Chacun de leur côté, ils vont tailler en pièces les armées anglaises, plus de 2000 Anglais vont périr ( par noyade ou au combat ) sur les 3000 environ. Les pertes sont faibles pour les forces françaises alors au nombre de 1600. Les chiffres sur les forces françaises et anglaises sont à prendre avec précaution, en effet leur nombre varie beaucoup selon les chroniqueurs , ce qui est sûr c’est la débâcle anglaise et les pertes nombreuses dans leurs rangs.

Le duc de Warwick perd sa bannière, qui resta par ailleurs jusqu’en 1792 dans l'Hôtel de ville de Montargis, lui-même est obligé de se réfugier sur Paris et une partie des troupes anglaises doivent s'enfuir vers Château-Landon et le château de Nemours.

La victoire de Montargis permet à Dunois de devenir Lieutenant-général, une très haute responsabilité alors qu’il n’a que 25 ans environ. Une trêve est signée entre Dunois et les Anglais permettant initialement de protéger un temps le duché d'Orléans et le comté de Blois.

 

Le siège d'Orléans
 
Pont des Tourelles, pris par Jeanne d'Arc avec l'aide de Jean de Dunois
En vert la position de l'ancien pont des Tourelles pris par Jeanne d'Arc et Jean de Dunois le 8 mai 1429. Le trait vert  exagère un peu la position du pont, c'est lié à la photo panoramique,  mais le pont des Tourelles n'était pas totalement droit avec un décalage sur l'île.
 
 
Si les victoires précédentes ont permis aux Français de reprendre espoir, le siège d'Orléans qui commence le 12 octobre1428 est sûrement un des tournants de la guerre de Cent Ans. Jean de Dunois, alors capitaine, défend la place. Les Anglais, dirigés par Thomas Montaigu comte de Salisbury, vont rapidement prendre le dessus en prenant la barbacane qui défend le pont d'Orléans, puis « les tourelles » abandonnées par les Français qui selon ces derniers ne pouvaient plus les défendre. Les Tourelles étaient à l’entrée du pont, sorte de bastille avec deux tours ( une ronde et une polygonale ) à l’avant et deux tourelles à l’arrière sur le pont.
Mais Salisbury décède après avoir reçu un boulet tiré de la ville, alors qu’il inspectait les Tourelles, il a le visage arraché et un œil crevé, il décède le 3 novembre probablement au Château de Meung-sur-Loire pris quelque temps avant. Cependant les Anglais font le maximum pour que les Français ne soient pas au courant du décès du Comte, ils ne le sauront donc que bien plus tard.

Pour prendre la ville, les Anglais vont tenter de l’assiéger en construisant des bastilles, dont l’objectif est de couper les routes pour éviter qu'Orléans ne soit ravitaillée. Au Nord-Ouest, les bastilles dites de « Paris », « Rouen », « Londres » et de la Croix Boissée et celle de Saint-Laurent sont reliées entre elles par des fossés. Celle de Saint-Loup est sur l'Est, une autre sur l'île Charlemagne, puis sur l'autre rive celle de Champ Saint-Privé, Saint-Jean-Le-Blanc et avec les Tourelles et deux barbacanes, une dite du boulevard et l'autre Sainte-Augustine. Le pont enjambant la Loire est coupé en deux ou trois, avec « Les Tourelles » tenue par les Anglais et sur l'autre rive du côté français, une petite partie des fortifications sur l'île Saint-Antoine.

Dunois arrive à Orléans vers le 25 octobre 1428 après la blessure mortelle du comte Salisbury, qui est remplacé au pied levé par le comte de Suffolk. Arrivé avec 600 hommes environ, il est accompagné de plusieurs officiers de haut rangs : La Hire, Jean de Brosse, seigneur de Sainte-Sévère et maréchal de France, Jean V de Bueil seigneur notamment du château de Montrésor, Jacques de Chabannes Ier, Pierre d'Amboise seigneur de Chaumont sur Loire, Guillame de Cernay capitaine de Vendôme.

Dunois prend la lourde décision de détruire et faire brûler l'ensemble des bâtiments autour de la ville, y compris les églises. Ceci pour éviter que l'armée anglaise ne prenne ces bâtiments et s’y réfugie pour mener le siège au plus près de la ville, une politique de terre brûlée qui fut en définitive payante.

Les Anglais reçoivent le renfort des Bourguignons et Dunois peut compter également sur le soutien du Dauphin Charles. Certaines estimations donnent jusqu’à 7000 soldats pour défendre Orléans, ce chiffre me paraît très excessif d'autant que la ville avait déjà plusieurs milliers d'habitants et que les ressources alimentaires se faisant rares, un tel nombre de soldats à l'intérieur de la ville est proprement suicidaire. Une ville bien défendue n'avait pas besoin d'un nombre important de militaires, sauf si un nombre important d’habitants de la ville a pris part à la défense de la ville, permettant peut-être indirectement d’atteindre ce chiffre.

Malgré les renforts de part et d'autre, les attaques et contre-attaques et la construction des Bastilles, le siège s'éternise sans qu’aucun parti ne prenne vraiment le dessus. Talbot, qui remplace Suffolk en début décembre , arrive avec un renfort d’environ 300 soldats, ainsi que de la nourriture et des armements. Il n’arrive cependant pas à contrôler totalement les approvisionnements, certes déjà très réduits, au nord de la ville.
- Le 10 février 1429, la bataille des Harengs ou bataille de Rouvray-Saint-Denis, proche d'Orléans.

Des informations annoncent qu'un convoi de ravitaillement doit fournir de la nourriture aux soldats anglais, il est donc décidé de l'intercepter pour nourrir la population. Mais l'attaque du convoi se termine en véritable cauchemar par un manque de coordination des forces, sur le papier largement supérieures, d’un côté Jean Stuart de Derneley qui veut une attaque par cheval à l’ancienne, alors que Dunois préfère une attaque à pied pour éviter les archers anglais ( il est plus facile de se protéger des flèches avec un bouclier à pied qu’à cheval ), il a d’autant plus raison que les Anglais ne peuvent s’enfuir. Ils finissent donc par attaquer séparément. Cependant le comte de Clermont en retard n’intervient  pas pour reprendre le dessus alors qu’il en a manifestement les moyens.

Les Anglais tendent une embuscade aux Français en formant avec leurs chariots un cercle ou un U  et vont faire de 300 à 400 morts dont :
Jean Stuart de Derneley, comte de Derneley et d'Évreux, connétable d'Écosse, Guillaume Stuart , Guillaume d'Albret, Jean Chabot, le seigneur du Verduran, seigneur de Châteaubrun, Louis de Rochechouart et quelques autres nobles.

Dunois est blessé à la jambe par une flèche, mais il réussit à rentrer à Orléans grâce à l'aide d'archers français, qui réussirent à le remettre en selle. Les sépultures des nobles sont installées dans l'église Sainte-Croix d'Orléans avec les honneurs. Le comte de Clermont quitte Orléans après la débacle.

Cet échec cuisant met à mal les espoirs des Français et la situation devient critique sans pour autant être intenable.

À la surprise générale, les Bourguignons quittent le siège en mars, n'arrivant pas à se mettre d'accord avec les Anglais sur le sort réservé à la ville. En effet les Bourguignons proposent qu’elle soit mise sous la tutelle du Duc de Bourgogne, ce que le « régent » Bedfort refuse. Il n’est pas interdit de penser que Dunois ait joué un rôle déterminant, preuve s’il en est que l'alliance anglo-bourgignonne est principalement  opportuniste. En effet Philippe de Bourgogne savait parfaitement qu’en enlevant aussi vite ses troupes, les Anglais ne pouvaient plus tenir un blocus qui n'était pas franchement étanche. De là à imaginer que Philippe le Bon voyait d’un mauvais œil la prise d’Orléans, conférant alors aux Anglais un surplus de pouvoir qui pourrait alors le mettre en danger à long terme, n’est pas impossible.

Ce retrait inespéré pour les Français va permettre d’alléger les sièges, mais la situation est cependant déjà catastrophique, la nourriture manque, l'objectif de Talbot est bien d’affamer la ville pour obtenir sa reddition.

 

b)  Jeanne d'Arc la Pucelle de Lorraine

Croix Pucelle à Saint-Germain en Laye, sur la Route de Poissy, Daté de 1456

Après la rencontre entre le Dauphin et Jeanne d'Arc à Chinon , avec l'impulsion de Dunois qui, dans un premier temps, ne semblait pas enthousiaste avant de changer d'avis et d'être l'un des premiers partisans de la pucelle.

Pour en savoir plus, rendez-vous ici : Jeanne d’Arc  à Chinon

On peut remarquer également leurs désignations proches ( la Pucelle d'Orléans et le Bâtard d'Orléans ) et qu’ils partagent le même prénom respectif à leur sexe : Jehanne et Jehan ( Jeanne et Jean ).

Même si aujourd’hui on a du mal à connaître l’influence de tel ou tel capitaine lors de la bataille d’Orléans , il est peu risqué de dire que Jean de Dunois est sûrement l’un de ceux qui fut le plus influent dans la réussite de la libération de la ville par celle qu’on appella alors par la suite “la Pucelle d’Orléans”. Tout d'abord parce qu'il est le capitaine d'Orléans.

Il faut noter la présence de La Hire qui est  capitaine des opérations extérieures de la ville d'Orléans, Poton de Xaintrailles, le Gascon et le Duc d’Alençon qui deviendront pour la plupart les compagnons de Jeanne d’Arc.

Il participe avec Jeanne à la Bataille de Patay, de Jargeau, la reprise de Beaugency et du château de Meung sur Loire, jusqu’à Reims il est à ses côtés. Il ne semble cependant pas qu’il ait participé à la conquête ratée de Paris, même si c’était un âpre partisan de la reconquête de l’Ile de France, qu’il va poursuivre après la capture de Jeanne.


En tout état de cause après ce fait militaire, Dunois et Jeanne ne vont quasiment plus se quitter jusqu’à la capture de cette dernière à Compiègne le 23 mai 1430, auquel il dira :

je n’aurai de repos que suivant le voeu de la Pucelle ils ne soient tous boutés hors de France”.

Pour reconquérir l’Ile de France, il va utiliser une tactique assez proche de celle de Duguesclin. Il ne cherche pas forcément l’affrontement direct mais préfère attaquer par surprise avec la collaboration active des habitants des villes et villages concernés, une forme de guérilla dont l’objectif est d’imposer la terreur dans les rangs anglais.

Jean de Dunois garde pour Jeanne d'Arc une réelle affection bien longtemps après sa disparition. Il fait édifier des Croix en son souvenir comme il le dit lors du procès de révision voir la croix Pucelle à Saint-Germain-en-Laye :

"on plantera non seulement à Rouen, mais aussi dans les principales villes du royaume, des croix dignes et honneste en souvenance et perpétuel souvenir de la Pucelle"

( il est possible que cette phrase soit de Charles VII ou du Comte de Dunois )

 

La Bataille du Berger


 

Jean de Dunois ainsi que la Hire se retrouvent à Louviers pour probablement faire libérer Jeanne d'Arc, même si aucun historien pour l'instant ne peut confirmer qu’ils y soient allés pour cette raison. Mais il est étonnant de retrouver ces deux compagnons de Jeanne aussi loin à l'intérieur des terres Normandes. Louviers est un petit village à seulement une journée de cheval  de la ville de Rouen.

La Bataille du Berger pourrait avoir eu lieu vers la mi-août 1431. 

Ce qui laisse également supposer la préparation d’un attaque pour libérer Jeanne , c’est la prise par Ricarville en février 1432 du château de Bouvreuil à Rouen ( voir ce lien )



Le 2 août 1432 Chartres


 

Comte de Dunois libère Chartres grâce à une ruse, Martial d'Auvergne, source BNF

Comte de Dunois libère Chartres grâce à une ruse, Martial d'Auvergne, source BNF

 

Le Comte de Dunois profite de la messe du Vendredi Saint pour entrer dans Chartres. Alors que les Anglais s'occupent de dire la prière, Jean de Dunois grâce à des complices arrive à entrer dans la ville avec des chariots cachant des hommes d'armes. La ville est libérée après 15 ans d'occupations anglo-bourgignonnes. 

1435, le roi signe la Paix d'Arras qui met fin au conflit avec les Bourguignons. Dunois est au porte de Paris, il prépare avec minutie l'encerclement de la ville . Les Anglais n'ayant plus le soutien des Bourguignons vont vite se retrouver dans une quasi insurrection civile. En effet malgré le peu d'effectif , Dunois fait couper les routes fluviales et terrestres entre Paris et la Normandie, la ville est asphyxiée et la population se retourne contre les occupants.

1435,  Guillaume L’Estendart,  Capitaine de la Garnison du château de  Beynes, résiste avec Louis de Morainvilliers et le comte Jean de Dunois contre les Anglais. Il est l’un des héros de la «Prise aux Anglais» à La Couperie en 1436.

1436 il combat sous les ordres du connétable de France à Poissy, puis la même année à Pontoise. Il est nommé grand-chambellan et membre permanent du conseil royal. 

Le 12 novembre 1437, le roi Charles VII entre dans Paris. Il est accompagné de Dunois avec plus de 800 hommes d'armes et une bannière qui fait référence à Saint-Michel, le saint patron de Jeanne d'Arc mais aussi de Charles VII : «  une lance vermeille enrichie d'étoiles d'or avec un gonfanon de satin cramoisi brodé de Saint-Michel ». Dunois fait-il référence alors à Jeanne d'Arc ?

 

 

La Guerre de Praguerie
 
du nom de la ville de Pragues sujette alors à la rébellion régulière des vassaux envers le roi.

 

Château de Châteaudun Château de Jean de Dunois à Châteaudun

Dunois se mêle pendant un temps assez court à la guerre de Praguerie, qui initialement est une guerre des vassaux du roi Charles VII contre ces réformes militaires dont le but était d'arrêter les violences faites par les « écorcheurs », sorte de mercenaires dans le Poitou principalement. Le roi propose de payer à ces anciens soldats, devenus mercenaires pour survivre, une solde d'un mois et propose de les envoyer en Normandie pour s'occuper des Anglais. Il envoie également son fils pour faire cesser rapidement les exactions. 

Mais le 2 novembre 1439, aux états généraux d'Orléans , le roi édicte une ordonnance de réforme militaire, qui place de facto le roi comme le seul légataire pour lever une armée et des taxes. Charles VII tente en fait de construire un Etat central. Il interdit aux hommes d'armes de se battre et de piller les villages , ils doivent donc rester en garnison. En cas de désobéissance, le roi veut les condamner en « lèse majesté » qui est un des cas juridiques les plus graves, ayant des sentences comme la peine de mort. Cette ordonnance est acceptée par les députés et de ce qu'on pourrait appeler « le conseil d'Etat », y compris du Duc d'Orléans. 

En 1440 , le Roi envoit le fidèle Richemont faire une inspection des troupes à Blois, ce qui est une nouveauté pour l'époque et raidit les relations entre les vassaux et le Roi. 

La Praguerie part principalement du Poitou. On trouve comme principaux instigateurs : le Dauphin qui a pour mission du roi de faire arrêter les exactions dans le Poitou, le Duc Charles de Bourbon qui est le principal instigateur et qui possède le Beaujolais, le Bourbonnais , l'Auvergne et la Marche, le Duc Jean II d'Alençon qui se sent lésé , le Bâtard d'Orléans, le comte de Vendôme et sans surprise l'ancien favori ( de 1427 à 1433 ) du roi La Trémoille , seigneur du Poitou, connu depuis longtemps comme un instigateur et une personne très complexe. 

De l'autre côté, on a Charles VII, Richemont et Charles du Maine. Chacun des instigateurs avait une bonne raison de s'attaquer au roi : le Dauphin âgé de 17 ans vivait assez mal la liaison de Charles avec Agnès Sorel et surtout le fait que le roi ne voulait pas lui accorder des titres qui lui étaient dus. Dunois, semble t'il, s'inquiète du sort de son demi-frère Charles d'Orléans, toujours aux mains des Anglais et il reproche au roi de ne pas faire le nécessaire pour le faire libérer, le Duc II d'Alençon se sent lésé malgré tous les services accomplis pour le roi, c'est d'ailleurs lui qui va convaincre le Dauphin en lui promettant de mettre sous tutelle Charles VII et de lui laisser la place, et La Trémoille est toujours dans sa lutte intestine avec Richemont que ce dernier avait tenté d'assassiner dans son lit. 

La rébellion est cependant matée assez rapidement par le roi, il demande par ailleurs à des villes comme Reims de ne pas s'ouvrir au Dauphin ou à toute autre armée quelle qu’en soit la raison sans autorisation du roi. Accompagné de 800 hommes d'armes, de 2000 archers et de canon, il reprend assez vite les citadelles prises par les conjurés. 

Le 17 juillet 1440 à Cusset est signé un traité mettant fin à la rébellion, c’est là qu’est née la légende des "chiens verts" : le roi Charles VII montre à son fils les canons de la ville en lui précisant « Voici mes fidèles chiens verts », en effet les canons en bronze deviennent vert avec le temps. Il pardonne cependant à la plupart , sauf La Trémoille malgré la demande du Dauphin, des seigneurs et le dauphin obtient le Dauphiné. Cependant s’il pardonne aux plus hauts gradés dont le Duc d'Orléans par courrier royal, il n'hésitera pas à faire écarteler plusieurs hommes d'armes notamment à Saint-Maixent . Il fait exécuter par noyade Alexandre de Bourbon, compagnon de Jeanne d'Arc, pour avoir notamment été le chef de bande des « écorcheurs » du Poitou. 

Enguerran de Monstrelet : « « Survinct le roy en la ville de Bar-sur-Aube, auquel lieu vint devers luy le Bastard de Bourbon qui avoit sous luy à son commandement une très grosse compaignie de gens d'armes… », rapporte le chroniqueur Enguerrand de Monstrelet. « Mais quand il fut advenu audit lieu de Bar, il fut accusé d'aucuns crimes devers le Roy ». Un jugement est fait et il est condamné, il est considéré comme le chef de bande des « écorcheurs » auquel le roi avait sommé d’arrêter les exactions sous peine de lèse majesté. 

« Après fut mort […], fuct tiré de ladicte rivière et mis en terre saincte… » Pour sa lignée royale le roi fait sortir le corps de l'eau et par la suite une chapelle expiatoire sera élevée par ses compagnons d'armes sur un contrefort du pont de l'Aube. Le pont et la chapelle sont détruits en 1940 pour retarder l'avancée allemande.

 

d) La Reconquête de la Normandie par Dunois
 
1440, il se marie dans la Cathédrale d'Orléans avec Marie d'Harcourt, Comtesse de Tancarville, il aura une fille Marie et un garçon qui cependant décède avant sa majorité. Il a eu un fils aussi avec Isabelle de Dreux, que Marie d'Harcourt va éduquer à Beaugency.
 
Après la Praguerie, Dunois est envoyé en Normandie au côté du Dauphin le futur Louis XI. Ils assiègent Dieppe en 1443 tenue par Talbot. Ils vont d'ailleurs se guerroyer pendant plus de deux heures dont ils ressortirent victorieux mais Talbot réussit à fuir.  Après la victoire de Dieppe, il se rend en Bretagne pour sceller une alliance avec le Duc de Bretagne assiégé, cette action diplomatique va permettre à Dunois de recevoir un renfort conséquent de Bretons pour reprendre la Normandie.  Le 17 juillet 1449 il est nommé Lieutenant Général de Normandie «  entre la Somme, l'Oise et la Mer », ce qui lui permet de remettre les villes sous l'autorité de Charles VII, d'établir des traités avec les villes prises et de faire justice. Il va rapidement mettre en place une nouvelle administration civile et militaire.
 
Plusieurs villes vont être libérées : 
  • Pont-Audemer est attaquée par des « fusées ardentes » ( sorte de feu liégeois ) [L2] le 12 août 1449, avec la capture de plus de 420 Anglais, le château est ensuite rasé.  
  • Lisieux, dont l'évêque est Pierre Cauchon, est libérée quelques jours plus tard sans combat, grâce à la reddition de Pont-Audemer.  
  • Fin août 1449, Mantes et Vernon sont encerclées par plusieurs milliers d'hommes, elles sont libérées par les habitants qui contraignent les Anglais à capituler. 
  • Château Gaillard est libéré après 6 semaines de sièges le 18 Octobre 1449.  
  • Le château de la Roche-Guyon , est gouverné par John Howell. Il promet de laisser le château aux Français s’il ne reçoit pas de renfort dans les quinze jours. Le duc de Sommerset, lieutenant de la Normandie alors à Rouen, fou de rage envoie 24 hommes pour le faire assassiner. John Howell apprend que le duc veut le faire tuer, il livre la place à Dunois et change de camp. 
  • Le château de Gisors est tenu par le gouverneur Richard de Merbury, chevalier anglais, seigneur de Tallegard, de Vignay, du Grippon, de Boury en Vexin et de Gondrecourt-le-château en Lorraine. Il décide de livrer le château en espérant faire libérer ses fils, alors prisonniers après la prise de Pont-Audemer. Charles VII pour le récompenser, le nomme capitaine de Saint-Germain en Laye à vie, avec tous les profits et émoluments qui en dépendaient. Gisors est donc libéré le 20 octobre 1449.
Encerclé à Rouen, le Duc de Sommerset et Talbot sont privés des ressources et de moyen de ravitaillement des anciennes villes alors libérées des Anglais. Avec une artillerie lourde, l'aide des habitants qui se soulèvent contre les occupants, la ville est libérée le 18 octobre 1449 et Charles VII entre solennellement dans la ville le 10 novembre 1449. 
Le Comte de Dunois parachève la libération de la Normandie en 1450, avec les prises d'Harfleurs le 14 décembre 1449, d'Honfleur le 18 février 1450, du Château de Falaise le 25 juillet 1450, le château de Domfront le 2 août 1450 et Cherbourg après un siège sera livré aux Français après avoir mis des canons sur la plage face à la partie la plus sensible des fortifications, c'est l'homme de confiance de Charles VII, Jacques Coeur, qui entreprend la négociation. 
Pendant toute cette période de reconquête éclair de la Normandie, Dunois va avec habilité et intelligence, laisser en place les capitaines, gouverneurs qui font allégeance au Roi de France, sauf pour les châteaux qui ont des légataires français, ce qui fut le cas du château de la Roche-Guyon. 

Après la conquête Normande, il part pour prendre la Guyenne aux Anglais, avec en 1453 la prise définitive de Bordeaux,  reprise par les Anglais avec l'aval de la population en 1452. Jean II de Bourbon et le Comte de Dunois gagnent la bataille du Castillon le 17 juillet 1453, contre le corps expéditionnaire de Talbot. Bordeaux tombe le 12 juin 1453 et Bayonne le 18 août 1453. Le 3 octobre 1453, Charles VII signe un traité qui donne l'Aquitaine à la France après presque 3 siècles d’occupation anglaise, ce qui fait que la population est particulièrement réticente à la conquête de Charles VII habituée à la présence anglaise. Dunois participe en 1456 au procès de Réhabilitation de Jeanne, il devient également gourverneur de Saint-Germain-en-Laye avant de décéder en 1468. Son corps est inhumé dans la basilique de Clery Saint André dans la chapelle qui lui est dédiée et qu'il a fait connstruire, chapelle qui prends aujourd'hui le nom de Saint-Sacrement ou chapelle Saint-Jean-Baptiste.

Chapelle de Dunois, Clery Saint André



Sources principales :
- 1 - Capitaine et Gouverneurs de Saint Germain en Laye, maîtrise et guerre, J. Dulon 1899
- 2 - Histoire de France ... jusqu'en 1789. Tome VI Par Bon Louis Henri Martin, P435
- 3 - http://ueb.saooti.com/fr/broadcast/3498_Charles_VII_et_la_Praguerie_de_1440 Jean-Marc Loisil à l'Université de Rennes
- 4 - http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bec_0373-6237_1971_num_129_2_449896
- 5 - http://www.lest-eclair.fr/article/sorties-loisirs/1440-execution-du-batard-de-bourbon L'Est Eclair
- 6 - Journal d'un bourgeois de Paris p428

- 7 - Corps submergés, corps engloutis Par Frédéric Chauvaud p36

- 8 - Histoire de Charles VII: Roi de France et de son époque  - Auguste Vallet de Viriville )

- 9 - Documentations sur place au château de Chateaudun

-10 - Le beau Dunois et son temps, Michel Caffin de Mérouville

-11- Vies des grand capitaines français du moyen âge: Arthur de Bretagne et Dunois, d' Alexandre Mazas, 1845

 

 

 

 
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